Halliday et d’Ormesson :la vie éternelle est-elle toujours la préoccupation première des catholiques ?

La vie éternelle est-elle toujours la préoccupation première des catholiques ?
Le décès récent de deux personnalités, Jean d’Ormesson et Johnny Halliday, m’incline à soulever cette question. Il n’ est pas douteux que ces deux personnes ne concevaient pas que leur mort ne fût pas l’occasion de réunir leurs proches, leurs amis et la foule de leurs admirateurs, dans la célébration religieuse de leurs obsèques. Mais l’interrogation qui m’ est venue concerne la fraction des personnes catholiques touchées, pour une raison ou une autre, par au moins un de ces deux décès : est ce que leur préoccupation première était le salut éternel de ces défunts?

Non qu’il faille être indifférent à la peine de leur famille et de leurs amis, c’est bien évident, mais parce que pour un disciple du Christ, rien n’est plus important que la vie éternelle : au cours des trois années de l’évangélisation, Jésus n’a cessé de le répéter au moyen de paraboles ou d’enseignements clairs comme de l’eau de source !

Quand j’ai perdu, à l’âge de douze ans, mon frère aîné officier, tué en Indochine, jeune marié depuis six mois, bien que je le sache profondément catholique, j’ ai prié prioritairement pour qu’il jouisse de la vision béatifique dans les délais les plus brefs, ce qui ne m’empêchait pas de prier pour sa jeune femme. Cette priorité a été incomprise par certain(e)s de mes proches qui ont préféré penser que, vu mon jeune âge, je ne  » réalisais  » pas la situation ! Eh bien, c’ était inexact, j’ avais beaucoup de peine pour ma charmante belle sœur, mais la vie éternelle de mon aîné me semblait plus essentielle.

Souvent mes amis me disent;  » Mais tu avais probablement déjà la vocation sacerdotale à cet âge ?  » . Erreur, j’ avais déjà la vocation d’être père de famille nombreuse, mais j’avais la Grâce insigne d’avoir une Foi en béton qui ne m’a jamais quitté. La vocation sacerdotale m’est tombée dessus, à Lourdes, pendant le pèlerinage des cancéreux de 1994, dont nous savions, mon épouse et moi, que c’était le dernier qu’elle vivrait avant de retourner au Père. J’ai été le témoin du parcours spirituel de mon épouse pendant les neuf mois qui ont suivi ce pèlerinage, j’ en suis encore ébloui 22 ans plus tard, mais je sais que c’est le verdict médical ( environ neuf mois à vivre ! ) qui a déclenché cette ascension.

Ne pas prêcher sur  » les fins dernières « , en dehors des cérémonies d’obsèques, quand les textes de la messe du jour s’y prêtent , bien sûr , me parait donc être une faute grave, car, c’est le Christ qui le dit : » A quoi sert de gagner sa vie en ce monde, si c’est pour la perdre éternellement dans l’autre ? « . C’est pour nous ouvrir la voie du Bonheur éternel que notre Dieu a donné sa vie sur la Croix : toute personne de bonne volonté peut ainsi venir Le rejoindre pour une Vie de bonheur sans fin.

Ces obsèques religieuses de personnalités connues et appréciées ont l’ immense mérite de rappeler à la France tout entière que Dieu nous a créés pour une vie d’un bonheur ineffable, seul capable de nous combler totalement et éternellement. Comme disait Thérèse Martin : » Non , je ne meurs pas, j’ entre dans la vie. » Ces événements médiatisés constituent également, en quelque sorte, un contrepoids à la  » déferlante  » des laïcistes et de leurs démarches grotesques, comme celle de la Croix de Ploërmel : ils ont de la chance que le ridicule ne tue plus.

Père Y. Bonnet