Autonomie, loi naturelle et principe de subsidiarité

Autonomie et droit fondamentaux de la personne humaine

Le principe de subsidiarité vise à donner la plus grande autonomie tant aux personnes qu’aux groupements de personnes, c’est-à-dire la libre utilisation de pouvoirs les plus étendus possibles mais en précisant bien que toute autonomie est donnée dans un cadre dont les limites sont d’un côté le respect des droits fondamentaux de la personne humaine, et d’un autre côté, touchant aux contingences plus qu’à l’essentiel, les conditions qui permettent à l’oeuvre commune de se réaliser dans un contexte donné, dans le cadre du bien commun. ( ce qui permet en même temps à la personne de s’épanouir).

Autonomie légitime et reconnaissance de Dieu

Dans Gaudium et Spes, le texte conciliaire montre bien que la société humaine n’a rien à craindre pour l’autonomie légitime des hommes en matière temporelle ( politique, économique, scientifique, artistique, etc) des directives de l’Eglise. Et il précise :

 » Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d’autonomie est pleinement légitime : non seulement elle est revendiquée par les hommes de notre temps, mais elle correspond à la volonté du Créateur (…), mais si par « autonomie du temporel », on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu ; »

L’Eglise s’applique à elle-même le principe de subsidiarité

L’Eglise, qui se sait Mère et Educatrice, ne veut donc en aucun cas empiéter sur l’autonomie légitime de la société humaine quand celle-ci organise la vie politique, économique, scientifique, culturelle, etc…mais elle rappelle urbi et orbi que les lois du Créateur ne peuvent être transgressées sans graves dommages. Elle s’applique donc à elle-même le principe de subsidiarité en affirmant que l’Eglise n’a pas de  » solution technique » à donner aux problèmes de l’économie, qu’elle ne propose pas de  » troisième voie » entre le libéralisme individualiste et le socialisme collectiviste.

Ce que dit l’Eglise

Mais elle affirme que la destination des biens matériels est à usage universel en même temps que doit être préservé la liberté de créer, d’entreprendre, d’agir en matière économique. Elle promeut donc des valeurs à aimer, l’attention aux plus pauvres, des principes à respecter, destination universelle des biens temporels, ou à appliquer, principe de subsidiarité dans l’organisation sociale, sans s’ingérer pour autant dans la direction des affaires terrestres.

Le rôle de l’Etat

l’Etat, qui est en charge de la vie politique, ne peut en aucun cas légiférer contre la loi naturelle. Cette morale naturelle, le respect de la vie, par exemple, la sauvegarde de la famille faite pour donner la vie et éduquer l’enfant afin de l’amener à la maturité de son autonomie de personne, doit s’imposer à lui. il fauterait également gravement en ne donnant pas à la sphère économique à la fois un cadre législatif qui protège les plus faibles et une légitime autonomie. Ce n’est pas à l’état de fabriquer des voitures ou de l’électricité. Cependant, la faiblesse de l’Etat dans son rôle régalien favorise une économie mafieuse ou une économie qui lamine les hommes, particulièrement les plus démunis.

 » Que chacun dans l’entreprise travaille comme s’il était à son compte »

Le principe de subsidiarité est donc bien un principe-clé de l’organisation sociale, quel que soit le domaine considéré, aménagement du territoire, santé, école, vie économique, prestations sociales, loisirs, culture, transports, etc… Toutes les entreprises qui ont réussi à faire en sorte, comme le disait Hyacinthe Dubreuil, ouvrier français mort en 1971 et auteur de vingt trois livres, que  » chacun dans l’entreprise travaille comme s’il était à son compte », phrase reprise par Jean-Paul II dans son enseignement social, s’en sont bien portées. En effet, l’autonomie bien comprise et bien cadrée, développe initiative, créativité, réactivité, qualité, esprit de responsabilité.

L’exemple du problème scolaire

Par contre, on peut constater que l’Etat Jacobien, à force de se mêler de tout, dépense de plus en plus d’argent ( par  » effet Joule » administratif), pour une efficacité et une qualité en baisse constante. La solidarité étatique coûte tellement cher qu’elle est en train de de s’auto-limiter, au grand dam des citoyens. Quant à l’Education Nationale, son budget augmente, le nombre d’élèves diminue ( démographie oblige) et l’échec scolaire ne peut plus être dissimulé aux Français. A quand l’application du principe de subsidiarité au problème de l’école? En effet, comme le dit l’Eglise :

 » Concernant la liberté des parents, des associations et instances intermédiaires, et de la hiérarchie de l’Eglise elle-même, de promouvoir des écoles ayant une identité catholique, il faut que s’exerce le principe de subsidiarité. Ce principe exclut «tout monopole scolaire, lequel est contraire aux droits innés de la personne humaine, au progrès et à la diffusion de la culture elle-même, à la concorde entre les citoyens, enfin au pluralisme aujourd’hui en vigueur dans de nombreuses sociétés» (GE 6).  »

Etat garant de la qualité et non plus gérant

Il suffirait pourtant que l’Etat redevienne garant de la qualité, et on sait par expérience que cela ne coûte pas cher ( cf le fonctionnement de la commission du titre d’ingénieur), mais cesse d’être gérant. Tout ceux qui se sont penchés sur le fonctionnement d’un établissement scolaire, à quelque niveau que ce soit, qui en ont établi le prix de revient ( évidemment variable selon le niveau et la spécificité du cycle), savent qu’il y a au moins 25% d’économies à faire ( et probablement plus) en désétatisant le système scolaire. Le monopole de la collation des diplômes par l’Etat est une erreur importante par rapport au principe de subsidiarité.

Commencer par…appliquer le principe de subsidiarité dans nos vies quotidiennes !

Mais ce serait aussi de la part des chrétiens une erreur de se focalise sur les dysfonctionnements de l’Etat. C’est bien évidemment au niveau de notre devoir d’état quotidien ( sans jeu de mot), qu’il est bon d’appliquer en tout premier lieu le principe de subsidiarité. Dans nos familles, dans nos comunautés de travail, dans notre vie associative, dans nos paroisses..et dans nos diocèses ! Car c’est en appliquant le principe dans la management quotidien de nos communautés humaines que nous formerons des personnes aptes à agir de façon autonome et non assistée. C’est là le meilleur moyen de faire valoir l’efficacité et les bienfaits de la doctrine sociale de l’Eglise.


P. Y. Bonnet