Tout-est-il joué à cinq ans ?

Importance de l’éducation et libre-arbitre : on peut  » rebondir » à n’importe-quel âge !

En matière d’éducation, tout est-il joué dès la petite enfance ? Cette question est souvent posée à la suite d’une conférence ou au cours des débats d’un colloque, quand il est question d’éducation. La réponse à cette question est forcément négative, puisque toute personne est dotée du libre arbitre et peut donc toujours rebondir à n’importe quel âge, brûler ce qu’elle a adoré et vice versa. En ce sens les exemples ne manquent pas, mais l’expérience commune à tous les humains nous montre qu’il n’est pas toujours facile de renoncer à des habitudes ou a contrario de se décider tardivement à en prendre, alors que l’on a négligé de le faire durant de longues périodes. Il y a déjà plusieurs décennies avait été écrit un livre au titre un peu provocateur : À 5 ans un enfant est achevé d’imprimer. C’est d’ailleurs paradoxalement à la même époque, que nous est venue des États-Unis, ce qu’on pourrait appeler « la culture du docteur Spock ». Ce médecin américain a longtemps expliqué aux parents qu’il ne fallait pas contrarier les enfants pour ne pas risquer de leur donner des complexes ou de provoquer des refoulements. Il a d’ailleurs honnêtement reconnu, 30 ans après, qu’il avait largement contribué à tromper les susdits parents américains. Ce qui n’empêche les versions révisées de ses écrits de continuer à fort bien se vendre sur internet!

 

Les vertus…de l’habitude.

En matière de sports comme de disciplines artistiques, on sait l’importance de la répétition fastidieuse d’exercices fondateurs, qui permet d’acquérir une technique en quelque sorte « imprimée » en soi. Faute de ces acquis, on perçoit ce qu’il faudrait faire mais on n’y arrive pas ou imparfaitement ou beaucoup trop tard. Scolairement on fait la même expérience avec les tables de multiplication ou les conjugaisons. Or ce que l’on nomme vertu, c’est l’habitude de faire le bien et ce que l’on nomme vice c’est l’habitude de faire le mal. L’habitude facilite donc le bon usage comme le mauvais usage du libre arbitre. L’éducation n’est certes qu’un conditionnement qui ne détermine pas définitivement l’usage que l’on fera toute sa vie de ce libre arbitre, mais nous voyons quotidiennement les dégâts que cause l’absence d’éducation, sans parler de la contre-éducation.

 

Vive les psychologues réalistes !

Or c’est bien dans le jeune âge que s’impriment le plus facilement les habitudes, dont le proverbe dit qu’elles sont une seconde nature. La politesse n’est pas innée, l’obéissance ne va pas de soi, ni le respect de l’autre, ni la discipline, ni toutes ces bonnes pratiques qui forgent une civilisation. Les psychologues réalistes – c’est une espèce heureusement en plein essor même si cette population est encore loin d’être majoritaire – ont heureusement redécouvert l’importance pour le tout-petit de ne pas être livré à son désir de prendre le pouvoir, de manipuler sa maman et d’imposer ses caprices. Ces mêmes psychologues savent que le père joue dans l’éducation des enfants un rôle capital, dès leur plus jeune âge. Certes l’amour de la mère est vital pour le tout-petit mais très vite il doit percevoir l’autorité de gouvernement, celle du père, qui fixe les limites sans les négocier et dit la loi sans se justifier, ce qui n’empêche pas d’expliquer à bon escient.

 

Papa-poule…papa coq ! 

La mère a d’ailleurs tout intérêt à reconnaître et à encourager ce rôle du père, car libérée du rôle de garde-chiourme, sécurisée par cette autorité paternelle qui est directement issu de l’amour conjugal, elle peut tout à loisir préparer les réconciliations, plaider les circonstances atténuantes et demander des réductions de peine. Un époux digne de ce nom sait et respecte  le rôle de la mère et la fait aimer par les enfants.

On a fait croire aux pères qu’ils devaient être des papas poules alors que les enfants ont besoin de papas coqs, ce qui ne les empêche nullement de donner un biberon et encore moins de jouer avec les enfants et plus tard de leur apprendre à allumer un feu, à monter une tente, faire du sport, etc. En bref, tout n’est pas définitivement joué avant l’âge de raison, bien sûr, mais tout ce qui n’a pas été mis en place dès l’entrée en ce monde risque d’être infiniment plus difficile à acquérir par la suite. L’enfant n’est pas achevé d’imprimer à 5 ans, mais il y a malgré tout beaucoup de choses qui peuvent avoir été utilement installées dans sa manière de se comporter. Fasse le Ciel que les jeunes parents en prennent conscience !



P. Y. Bonnet