L’enfant rebelle.

Nous avons parmi nos enfants un rebelle, capable de tout. Que faire ? Ma réponse portera sur trois points : ne pas culpabiliser, ne pas désespérer, ne pas laisser contaminer la fratrie.

Ne pas culpabiliser.

 

Ne pas culpabiliser, car l’éducation peut se révéler impuissante à vue humaine, même si elle a respecté les impératifs du genre. N’oublions jamais que le Christ, lui-même, a tout fait pour éviter à Judas le « chemin de perdition », qu’il a fini par prendre délibérément. A fortiori, nous, pauvres humains, imparfaits par nature, ne saurions prétendre réussir là où Dieu accepte l’échec face au libre arbitre de la personne. Ce serait nous enfermer dans une attitude orgueilleuse, qui aggraverait la situation. Il est bon parfois de lacher prise, de laisser à Dieu la solution et de ne pas prendre comme un échec personnel et un défi ce qui relève de la liberté de l’enfant, personne capable déjà de s’affirmer et de prendre ses décisions.

Il se peut aussi que la rebellion soit en réalité une magistrale crise d’affirmation de soi de l’enfant. Il a besoin de tester les limites, et de les franchir pour voir  » ce qui se passera ». Sa rebellion n’est pas alors fermeture mais confrontation. Alors, tenez bon, ce passage peut durer des années pendant lesquelles l’enfant puis l’adolescent cherchera à transgresser les limites et n’aura que votre résistance aimante comme repère. Plus tard, une fois les limites intégrées, il vous remerciera ( peut-être! ) de l’avoir toujours averti à temps et il se remettra plus facilement des déboires et conséquences que votre vigilance n’aura pas pu empêcher.

 

Ne pas désespérer.

 

Ne pas désespérer, car notre vue humaine est limitée et tel enfant, rebelle à toute autorité, peut « virer sa cutie » à 20 ou 30 ans et jusqu’à la fin de sa vie garder la possibilité d’une conversion totale. L’exemple du bon larron doit toujours rester présent à notre esprit. Le remède face à la désespérance est bien connu, sinon bien utilisé : prière fervente (sainte Monique), abandon à la volonté divine dans les mains de Marie, appel à saint Joseph voire à sainte Rita et saint Joseph de Cupertino, patrons des causes… désespérées ! En particulier, si l’enfant rebelle refuse d’étudier et risque de rater ses examens, Saint Joseph de Cupertino, patron des candidats aux examens pourra l’aider et soulager les mamans anxieuses de voir l’enfant échouer trop souvent dans ses études alors qu’elles savent combien ce n’est pas un problème de capacité intellectuelle…! Il est possible aussi de confier l’enfant au bienheureux Bartolo Lungo, dont la vie commença comme celle d’un enfant sage, puis devint celle du plus rebelle des rebelles avant une conversion magnifique.

 

Ne pas laisser contaminer la fratrie.

Ne pas laisser contaminer la fratrie. C’est un impératif car le bien commun est supérieur à ce qui pourrait apparaître comme un moindre mal pour le rebelle. Mais les solutions ne sont pas évidentes et il n’y a pas de solution type. En outre, il y a désormais très peu d’institutions, dotées de personnes compétentes, dévouées et « consacrées » à l’œuvre difficile de prendre en charge des adolescents rebelles. Les Orphelins d’Auteuil font un travail admirable mais le recrutement, la formation et l’encadrement des éducateurs restent un grand défi. Et puis, pourra-t-on jamais faire autant et aussi bien que quelqu’un qui se consacre totalement, dans le célibat, à une œuvre voulue par Dieu et à laquelle il s’est senti appelé ?

Or il y a parfois nécessité de séparer l’enfant rebelle de la fratrie et donc de la vie familiale, sans pour autant lui laisser penser qu’il est rejeté, méprisé, honni, maudit… On en revient toujours à l’union sacrée de l’amour avec la vérité. Comme le dit Benoît XVI, l’amour vrai se distingue de l’affectif sentimental où l’on ne dit plus la vérité par peur de blesser. De plus l’enfant rebelle possède souvent une capacité à se faire aimer en dehors de ses temps de rebellion où on le voit tel qu’il est, souvent fort sympathique et très attachant. Il est alors important de ne pas céder à ses chantages affectifs !

Alors que faire ? Prier inlassablement l’Esprit Saint de nous aider à trouver, le plus souvent, des solutions partielles, successives, imparfaites, pour aider le rebelle (sans préjuger du sexe !) à cheminer sans se perdre. Garder le dialogue en montrant que l’on continue à aimer en voulant le bien réel de l’intéressé et que l’on ne le juge pas, même si on porte légitimement un jugement sur ses actes et ses paroles, au nom de la vérité. Par expérience, je sais que c’est un chemin de croix et je crois me rappeler que le Christ nous a invités à ne pas l’éviter !
P. Y. Bonnet