Le devoir d’état, un atout dans la vie de travail.



Leroy, Paul Alexandre 1869-1942 Marthe et Marie, musée de Rouen

Pas d’opposition artificielle !

On parle souvent du devoir d’état. De quoi s’agit-il et quel est son rôle? Un jeune qui connaît son devoir d’état a là un atout pour sa vie professionnelle, une boussole et un soutien pour remplir les tâches quotidiennes qui sont les siennes et prendre l’habitude de les accomplir avec exactitude et amour.

Benoît XVI, dans sa première encyclique, nous rappelle que l’essence même de Dieu est l’AMOUR. L’homme, créé à l’image de Dieu, est doué du libre arbitre pour participer par choix à l’Amour divin et pouvoir ainsi partager éternellement le bonheur divin. Dieu est toujours prêt à communiquer à l’homme cette grâce d’aimer et il revient à la créature de s’ouvrir à cet Amour, qui incite tant à l’amour de Dieu qu’à l’amour du prochain. Les deux faces du commandement de l’amour sont inséparables. Celui qui prétend aimer Dieu, qu’il ne voit pas alors qu’il n’aime pas son frère qu’il voit, est un menteur (1 Jean 4-20). C’est pourquoi le Concile de Vatican II déclare (G & S 43) : « Que l’on ne crée pas d’opposition artificielle entre les activités professionnelles et sociales d’une part, la vie religieuse d’autre part ».

Interrompre, mais pas supprimer !

Et nous avions la réponse que nous cherchions. Chacun de nous a un état de vie qui est le sien : marié, célibataire, prêtre, religieux, salarié, fonctionnaire, artisan, profession libérale, élève, étudiant, apprenti, etc. Dans cet état de vie, il y a des devoirs liés à cet état particulier. En effet, la charité ne peut s’exercer sans que l’on commence par respecter la justice, c’est à dire par respecter les droits que les autres ont sur nous. Le médecin a le devoir de soigner, le père d’assurer la subsistance de sa famille et d’éduquer, avec la collaboration de la maman, l’éducation de ses enfants. Le citoyen doit contribuer au bien commun de son pays, à son niveau bien sûr. L’élu doit assumer ses devoirs de représentant des citoyens et, comme le disait St Vincent de Paul aux filles de la charité, une religieuse à la vocation caritative doit interrompre sa dévotion s’il y a un pauvre ou un malade qui a besoin d’elle. Vous avez bien noté : interrompre mais pas supprimer !

Une articulation entre l’essentiel et l’indispensable

Dans ses ouvrages, St François de Sales a beaucoup mis l’accent sur l’importance du devoir d’état. Dans l’introduction à la vie dévote, il montre que la vie de prière ne saurait se traduire de façon identique chez l’évêque, le prêtre diocésain ou le contemplatif, chez l’artisan, le soldat ou la mère de famille. Pour bien comprendre cette articulation entre la vie de relation avec Dieu et la devoir d’état, on peut dire que la première est d’ordre essentiel et que le second est d’ordre indispensable ! La première donne la vie divine, la grâce qui va nous permettre de bien exercer le second. Mais, comme le temps n’existe pas pour Dieu alors qu’il est vital pour l’être humain, il peut être nécessaire d’agir immédiatement pour le devoir d’état en différant dans le temps l’essentielle écoute et contemplation de notre divin Maître. Il est toujours possible d’ailleurs de confier tout ce que l’on se hâte de faire à notre Dieu et de le remercier pour tout ce que l’on vient de faire avec la grâce.

C’est le même Jésus qui dit pendant le sermon sur la montagne que l’essentiel c’est de rechercher le royaume de Dieu, ce qui implique un lien avec Dieu, une relation régulière et donc des actes de dévotion. Mais donner à cette relation une priorité dans l’ordre qualitatif n’implique pas dans tout état de vie ni à toute période de sa vie d’y consacrer la même quantité de temps. L’important est de savoir que nous ne pouvons pas, pour garder la vie divine en nous, négliger ni l’adoration, ni l’offrande, ni la louange, ni le remerciement, ni la demande, ni la méditation. Tout cela est essentiel mais une mère de famille qui passerait son temps à courir à l’adoration, au groupe de prière, aux vêpres ou aux laudes, en négligerait son intérieur, la préparation des repas, le dialogue avec les enfants et le mari, serait en faute vis-à-vis de son devoir d’état. Un mari, au rebours, qui négligerait les différentes formes de prière et de relation avec son Dieu, au nom de ses devoirs professionnels, de ses activités sociales, de ses engagements dans l’Eglise, verrait se tarir la fécondité de son action en raison de la pauvreté de sa vie spirituelle.

Le devoir d’état est donc une boussole, un atout pour équilibrer sa vie quotidienne et ne pas se tromper d’activité. Un devoir d’état bien rempli vaut mieux que l’activisme et les succès trop superficiels.

Le devoir d’état des parents prime sur le service d’Eglise

Vous noterez que Jésus ne dit pas à Marthe de venir comme Marie s’asseoir à ses pieds pour l’écouter. Il lui dit que Marie a choisi la meilleur part pour elle, car venant de se convertir elle est encore fragile et a grand besoin de boire les paroles de Jésus. Marie sait bien que le devoir d’état est bien rempli….par Marthe, il n’y a donc pas de carence pour les invités ! Marthe est le bonne hôtesse, qui fait bien son devoir d’état, mais il lui revient de comprendre qu’il faut laisser sa sœur aux pieds de Jésus. Un exemple important pour les parents dévots et dévoués au service de l’Eglise. Attention à ne pas priver vos enfants du temps de dialogue, d’écoute, d’aide, dont ils ont besoin. Votre devoir d’état de parents prime sur votre dévouement au service de l’Eglise, mais vous ne l’accomplirez pas de façon satisfaisante sans réserver aussi du temps à votre Dieu. N’hésitez donc pas à sacrifier toute vie « mondaine » ou télévisuelle.

P. Y. Bonnet